Depuis la prise de Goma par le M23 à la fin du mois de janvier 2025, la ville vit sous le poids de l’incertitude et du chaos. L’aide humanitaire peine à atteindre les populations, les écoles restent partiellement fermées, les hôpitaux fonctionnent au ralenti, et la situation économique s’effondre sous le coup de la fermeture des banques ordonnée par Kinshasa. Mais au-delà de ces maux, une décision municipale est venue aggraver la détresse de nombreuses femmes : l’interdiction des marchés de seconde main, connus sous le nom de Tora et Bwaka, où elles vendaient des objets d’occasion pour survivre.

Assise sur un vieux canapé usé, sous un soleil de plomb, une femme fixe le vide. Son regard se perd sur l’espace où, quelques jours plus tôt, elle vendait encore des télévisions, des matelas défraîchis et des canapés abîmés. « On nous accuse de favoriser le vol, mais ce n’est pas nous qui volons. », lâche-t-elle, la voix tremblante entre colère et impuissance. « Nos maris ne sont plus là. Comment allons-nous nourrir nos enfants si on nous enlève notre seul gagne-pain ? ».
Le 11 mars 2025, un communiqué de la mairie de Goma a ordonné la fermeture des marchés Tora et Bwaka, les accusant d’encourager la revente d’objets volés. Pour ces femmes, cette justification ne tient pas. « Quand quelqu’un vient vendre quelque chose , on pose des questions. Si c’est un enfant et que nous avons un doute, on le renvoie chez lui pour confirmer avec ses parents. Parfois, on remet directement l’objet à la police.», explique une autre vendeuse.
Désormais, elles n’ont plus rien. Pas d’alternative, pas d’accompagnement, juste un ordre brutal qui les plonge un peu plus dans la précarité. « Cela fait plus de vingt ans que je fais ce travail. Je n’ai jamais eu de problème avec la justice. Aujourd’hui, on nous interdit de travailler, mais sans nous proposer d’autre solution. »
Ces femmes espèrent encore un revirement de la nouvelle administration urbaine. « Nous appelons les autorités à venir, même s’il le faut, mener des enquêtes pour prouver que nos activités ne favorisent pas le vol. »
À Goma, où l’insécurité et la misère rongent chaque jour un peu plus la population, ces femmes n’ont plus rien à perdre. Elles refusent de se taire, espérant que leur cri parviendra à ceux qui, aujourd’hui, tiennent leur avenir entre leurs mains.
Par ✍🏾 Jospin Kanane & 📸 Ange KAHEMULO
