De la survie à l’entreprise innovante : l’exploitation de légumes-feuilles de Julie Ishara à Bukavu

Sur le marché de Bukavu, à la fois dynamique et fragile, les légumes-feuilles s’abiment rapidement. Pour Julie Ishara, âgée de 30 ans, cette réalité a donné naissance à une règle simple : les légumes-feuilles n’attendent pas. Chaque matin, elle lave, équeute, coupe et emballe des légumes frais en lots prêts à cuisiner, offrant ainsi des produits sûrs et de grande qualité à des clients qui privilégient la commodité.

Julie a commencé à vendre des légumes en 2022 pour subvenir aux besoins de ses trois enfants et, parfois, de sa famille élargie. Au début, la croissance a été lente : les ventes mensuelles variaient entre 150 et 400 kg, tandis que les pertes après récolte atteignaient 20 à 40 %. Le manque d’emballages, l’absence de chambre froide et l’accès restreint au marché faisaient que la détérioration des produits réduisait souvent à néant les bénéfices quotidiens.

Un tournant s’est produit fin 2025 lorsque Julie a suivi une formation « Beans for Women Empowerment » (B4WE), financée par Affaires mondiales Canada (AMC) et animée par le World Vegetable Center (WorldVeg). Cette formation a renforcé ses compétences en matière de manutention post-récolte, d’hygiène, d’emballage, d’entrepreneuriat et de marketing numérique. Julie a rapidement mis en pratique ce qu’elle avait appris : elle a amélioré le tri et l’hygiène, est passée à des emballages scellés et de marque, a mieux géré l’exposition à la chaleur et a élargi sa gamme de produits pour y inclure l’amarante, les feuilles de citrouille, le chou et les feuilles de manioc.

Julie a misé sur le marketing numérique pour transformer son entreprise. En passant d’un modèle de vente au comptoir à un modèle de commande via WhatsApp et Facebook avec livraison à domicile, elle reçoit désormais 75 % de ses commandes à l’avance, ce qui lui permet de mieux planifier ses volumes, de réduire le gaspillage et d’accélérer la rotation des stocks. Elle a également renforcé sa chaîne d’approvisionnement en formant 15 fournisseurs en lien avec 300 petits agriculteurs, améliorant ainsi la qualité à la source et stabilisant l’approvisionnement.

Les résultats sont remarquables. Les ventes mensuelles de Julie, qui oscillaient auparavant entre 350 et 750 dollars américains en raison d’importantes pertes après récolte, ont atteint 1 750 dollars américains, tandis que les pertes ont chuté de manière spectaculaire pour ne représenter plus que 2 à 4 %. Elle vend désormais des paquets de 1 kg aux ménages à 2,50 dollars américains et des paquets de 1,5 kg aux hôtels à 3,00 dollars américains.

« Quand j’ai amélioré la gestion des commandes et l’emballage, les clients ont pris confiance en la qualité. Grâce aux commandes passées via WhatsApp, je peux mieux m’organiser et j’ai beaucoup moins de pertes qu’avant », explique Julie.

Après avoir pris conscience des avantages de l’argent mobile (Airtel Money) et des services de microfinance (SMICO), Julie épargne désormais régulièrement et a réinvesti dans des outils indispensables à la transformation et à la commercialisation de ses produits, notamment des balances, des couteaux, des seaux, des tables de travail, des passoires, des emballages à l’effigie de sa marque et un smartphone. Ces investissements illustrent l’approche de B4WE visant à autonomiser les femmes en renforçant leurs revenus, leurs actifs, leur capacité de décision et leur résilience.

La demande pour les légumes prêts à cuisiner de Julie ne cesse de croître. Son principal obstacle est le stockage frigorifique. Avec une chambre froide, un système de mise sous vide, un séchoir solaire et des fonds de roulement supplémentaires, elle estime pouvoir passer de 700 kg à 3 à 5 tonnes par mois, ce qui réduirait encore les pertes, élargirait ses marchés et profiterait à des centaines d’agriculteurs ainsi qu’à son foyer.

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