Du Champ à l’Assiette : La Farine Nutritive Fabriquée par des Femmes

Du Champ à l’Assiette : La Farine Nutritive Fabriquée par des Femmes

La ville de Goma, capitale du Nord-Kivu, porte en elle les stigmates de décennies d’instabilité. Perchée entre les eaux tumultueuses du lac Kivu et les montagnes menaçantes où se terrent les groupes armés, elle lutte pour sa survie. Depuis fin janvier, l’ombre de la coalition politico-militaire de l’AFC/M23 s’étend sur ses rues poussiéreuses, plongeant ses habitants dans une incertitude qui ronge le quotidien. Les banques ont fermé, le commerce suffoque, et l’angoisse s’infiltre dans chaque échange. Pourtant, dans ce chaos, il y a des âmes qui refusent de plier. Des âmes comme celle de Sophie Malasi Matoto.

Son quartier, Keshero, vibre encore des échos de son histoire. Sur la route Terminus-Kituku-CCLK, au cœur d’un espace autrefois célèbre pour son gaz méthane meurtrier, elle continue à avancer. Banalu. Première avenue à droite. Deuxième parcelle. Un portail rouge dressé autour d’une cour où l’herbe peine à s’imposer. C’est là qu’elle vit. C’est là qu’elle travaille.

Trois ans déjà qu’elle a plongé dans l’entrepreneuriat agroalimentaire. Une inspiration née d’amis qu’elle considère comme des aînés, ceux qui ont su transformer une idée en espoir tangible pour des familles entières.

« La motivation est venue de nos amis qui font la même chose dans le territoire de Rutshuru. Nous avons vu que cette activité a aidé beaucoup de familles dans la misère. Nous nous sommes alors dit : pourquoi ne pas faire la même chose à Goma ? ».

Son regard s’illumine quand elle en parle, comme si dans ces mots se cachait l’antidote aux blessures de son pays.

Mais l’occupation a tout compliqué. Les routes sont coupées. L’approvisionnement en produits de première nécessité est devenu un parcours du combattant. Le maïs, base de son activité, se fait rare. Pourtant, elle refuse de céder à la facilité.

« Nous préférons acheter les céréales réputées de bonne qualité, comme par exemple du maïs qui nous vient de Rutshuru. ».

Une obstination dictée par l’exigence, par cette volonté farouche de garantir un produit qui ne trahira jamais la confiance de ceux qui l’achètent.

Dans son petit atelier, chaque étape de la fabrication est sacrée. Le nettoyage des grains, méticuleux, élimine jusqu’à la moindre impureté. Le séchage, un ballet de patience qui s’étire sur trois jours. La torréfaction, moment décisif où le feu purifie, donnant aux céréales leur goût profond et leur résistance aux moisissures. Puis vient le moulage, la transformation en farine nutritive, et enfin l’emballage, ultime sceau de son engagement. Une fois ouvert, il ne sera plus possible de revenir en arrière. Chaque sachet porte en lui la promesse d’une alimentation saine, adaptée même aux nourrissons de six mois.

Madame Sophie, loin d’être une héroïne, elle est une femme qui agit, tout simplement. Pourtant, dans cette ville où l’avenir se dérobe sous les pas de ceux qui marchent, sa résilience est une lueur. Elle incarne ces battantes silencieuses qui, chaque jour, bâtissent des ponts au-dessus des ruines. Des femmes qui, malgré la guerre, malgré le doute, choisissent de créer, d’élever, d’offrir une part d’elles-mêmes au monde.

Et c’est peut-être cela, la véritable force de Goma. Non pas ses murs, non pas ses routes meurtries, mais ces âmes qui refusent de s’effondrer.

📌 Découvrez le reportage complet ici : https://is.gd/LaFA9n

Auteur/autrice

  • Journaliste, Blogueur, Communicant digital et Développeur Web avec une appétence du numérique. Actuellement assistant technique et projet chez Unity Corporation DRC SARL et Directeur de publication chez Femme.cd

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