Nyiragongo : La malnutrition frappe les déplacés et retournés de Kasumba

Dans la zone de santé de Nyiragongo, particulièrement dans l’aire de santé de Kasumba, la malnutrition sévit de manière inquiétante. Cette localité a accueilli de nombreux déplacés et retournés, notamment en provenance du territoire de Masisi. Ces populations, déjà fragilisées par les conflits, peinent à trouver de quoi se nourrir. Résultat : les cas de malnutrition sévère se multiplient, touchant principalement les enfants de moins de cinq ans, ainsi que les femmes enceintes, allaitantes ou âgées.

Parmi ces familles déplacées, celle de Madame Jeannine Safari illustre la détresse de nombreux ménages. Mère de neuf enfants, elle a fui les violences à Masisi pour trouver refuge à Muja, à une vingtaine de kilomètres au nord de Goma. Son mari et elle, sans emploi, se battent au quotidien pour nourrir leurs enfants. Mais leurs efforts restent insuffisants.

« Nous mangeons difficilement. Si je gagne beaucoup par jour, c’est juste un 1000 francs congolais. Et si on ne trouve pas à manger, on dort ventre creux », a-t-elle confié à FEMME.CD.

Face à cette crise alimentaire encore peu médiatisée, plusieurs acteurs locaux se mobilisent pour renforcer la sécurité alimentaire et la résilience communautaire. À Kasumba, des relais communautaires s’activent dans la sensibilisation sur les bonnes pratiques nutritionnelles et hygiéniques. Ils orientent également les cas graves vers des structures sanitaires spécialisées.

« Nous passons de porte à porte pour sensibiliser sur l’importance d’une alimentation saine. Et lorsqu’un cas de malnutrition est identifié, nous conseillons les parents pour que l’enfant suive un traitement adéquat », explique Riziki Clémentine, relais communautaire dans la zone.

La situation est aggravée par la destruction des récoltes, les déplacements massifs et l’état déplorable des routes, qui freinent l’approvisionnement et font grimper les prix des denrées alimentaires. Une pression qui pèse directement sur la nutrition des enfants et accentue la vulnérabilité des ménages.

Certaines initiatives locales, bien que limitées, apportent une réponse aux plus touchés. C’est le cas de l’organisation Action pour la Réinsertion socio-économique et sanitaire (APRESA), qui a mis en place une clinique à Muja. Ici, les enfants souffrant de malnutrition aiguë modérée, âgés de 6 à 59 mois, bénéficient d’une prise en charge nutritionnelle adaptée.

« De manière générale, nous avons des enfants dans la malnutrition aiguë modérée. Dans notre clinique, nous mettons l’accent sur la sensibilisation et l’éducation nutritionnelle pour renforcer la prévention », souligne la docteure Grace Nzuva, assistante programme au sein d’APRESA.

Dans ce coin du Nord-Kivu, la malnutrition reste une crise silencieuse, oubliée ou peu connue, mais qui détruit progressivement la santé des communautés rurales. L’élargissement des actions de sensibilisation et de dépistage, combiné à une mobilisation communautaire forte, apparaît comme une voie incontournable pour endiguer ce fléau. Car au-delà de l’urgence alimentaire, c’est la survie et l’avenir d’une génération entière qui se jouent dans cette bataille quotidienne contre la faim.

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