Goma : Au bout d’une décennie, le Festival Amani ne sait pas se délier du « M23 »

Dix ans après la création du Festival Amani à Goma, le concept de « M23 » semble inhérent à cette croisade culturelle, peut-être la plus importante dans l’Est de la RDC, voire du pays. Le festival Amani a célébré son 10e anniversaire du 16 au 17 novembre 2024. Dix ans après, c’est presque la même histoire qui se répète, comme en 2014. Dès sa première édition jusqu’à aujourd’hui, le contexte du « M23 » reste lié au Festival Amani.

L’histoire du Festival Amani commence par une idée d’Éric de Lamotte, un ressortissant belge vivant en RDC. Il partage alors cette idée avec ses proches et certains jeunes de Goma, qui l’adoptent sans hésitation. Dès la première édition en février 2014, le festival fait parler de lui et reçoit une adhésion nationale et même internationale.

Parmi les artistes emblématiques ayant honoré ce festival à la première édition, figure la légende de la musique congolaise, Lokua Kanza, une idole pour de nombreux jeunes artistes de Goma. À cette même édition, aux côtés d’autres figures, Innocent Balume (Innos’B), gagnant du concours Vodacom Superstar 2010 et aujourd’hui star internationale, participe et met sa voix en contribution à une chanson qui est devenue aujourd’hui l’hymne du Festival Amani.

Mais le « M23 », dès le début…

Le général Sultani Makenga Emmanuel, chef d’état major de l’Armée Révolutionnaire Congolaise ARC/M23

En 2014, Goma se relevait difficilement de la première défaite du M23, survenue après une occupation de la ville du 20 Novembre au 1ier Decembre 2012. Les rebelles se retirent après les négociations de Kampala (Ouganda), mais sont ensuite poursuivis par les Forces Armées de la RDC (FARDC), ce qui conduit à la fameuse victoire du colonel Mamadou Ndala. Après la reprise de Bunagana par les FARDC le 30 octobre 2013, le M23 est totalement défait. Mais en fait pas totalement, puisqu’en 2021 ils vont reprendre le maquis pour reconquérir Goma et d’autres entités, quelques années après.

Mamadou Ndala rentre en héros à Goma, puis est envoyé à Beni, où il est assassiné le 2 janvier 2014. Le Festival Amani est ensuite organisé à Goma, en février, soit environ un mois après sa mort.

Goma n’est pas seulement une ville touristique de la RDC ; elle est aussi reconnue pour la résilience de ses habitants, d’où son surnom : « Capitale de la résilience ». Et grâce au festival Amani les talents de plusieurs artistes de de la RDC et d’ailleurs ont été mis en lumière, notamment des jeunes filles, aujourd’hui des étoiles montantes dans la musique, l’art plastique et bien d’autres secteurs. Dans ces 10 ans aussi, le festival Amani a propulsé plusieurs centaines d’entreprises des femmes et des jeunes à travers la region.

Depuis sa création, une édition du festival a été annulée, en 2021, à cause de l’éruption du volcan Nyiragongo du 22 Mai. Et en raison de l’insécurité croissante, l’édition 2023 est aussi délocalisée à Bukavu, dans le Sud-Kivu. Là encore, le contexte du « M23 » est présent.En 2024, les faits semblent se répéter comme en 2014. Le festival est organisé alors que les rebelIes sont à la porte nord de Goma.

En 2014, ils étaient dans la même zone, mais en retraite. Une autre similitude c’est la mort d’officiers des FARDC dans un contexte de guerre contre le M23. Deux mois après le festival, le 23 janvier 2025, le général Peter Chirimwami, alors gouverneur militaire du Nord-Kivu, est tué près de Sake, à l’Ouest de Goma. Deux jours plus tard, Goma tombe aux mains de l’AFC/M23. Si le général Chirimwami meurt avant sa victoire, le colonel Mamadou Ndala lui, avait été tué après la sienne sur le M23 mais avant celle de ce qui aurait été sa prochaine mission à Beni.

Aujourd’hui, à quelques mois des dates habituelles du festival, aucune communication n’a été faite sur la tenue ou non de l’événement, que ce soit à Goma ou ailleurs. Goma et Bukavu, dans le Nord-Kivu et Sud-Kivu, sont sous occupation de l’AFC/M23. Le Festival Amani incarne une histoire partagée avec les populations de cette région, où une guerre se tait pour laisser parler une autre. Dans toutes ces guerres, les femmes et les enfants sont les principales victimes.

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