Alors que les conflits armés s’intensifient à travers le monde, les travailleurs humanitaires se retrouvent de plus en plus pris pour cibles. Qu’ils soient issus des Nations Unies, de la Croix-Rouge ou d’organisations locales, nationales ou internationales, leur mission reste inchangée : porter secours aux populations en détresse. Pourtant, en 2024, ce devoir de solidarité leur a coûté cher : pas moins de 377 travailleurs humanitaires ont été tués dans 20 pays. Une année noire, selon les chiffres de l’ONU.

« Se faire tirer dessus ne fait pas – je répète, NE FAIT PAS – partie de notre travail », a déclaré avec force Joyce Msuya, coordonnatrice adjointe des secours d’urgence des Nations Unies, lors d’une réunion du Conseil de sécurité consacrée à la protection du personnel humanitaire.
La déclaration de Mme Msuya survient dans un contexte mondial marqué par une violence sans précédent. La guerre dans la bande de Gaza, le conflit en Ukraine, l’effondrement du Soudan ou encore les ambitions expansionnistes du Rwanda en RDC sont autant de foyers où les humanitaires, au lieu d’être protégés, deviennent des cibles.
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À Rafah, au sud de Gaza, les corps de 15 secouristes – membres du Croissant-Rouge palestinien, de la défense civile de Gaza et de l’UNRWA (Agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens) – ont été retrouvés abattus par l’armée israélienne alors qu’ils tentaient de sauver des blessés. En RDC, au Nord-Kivu, des agents de l’Entraide Protestante Suisse (HEKS/EPER) sont tombés dans une embuscade alors qu’ils portaient assistance à des personnes déplacées par la crise du M23.

« Ces deux dernières années ont été particulièrement brutales », a reconnu Mme Msuya.
Le Soudan n’est pas épargné. Depuis le début du conflit civil en avril 2023, au moins 84 humanitaires ont perdu la vie dans des attaques ciblées. Et dans 95 % des cas, ce sont les travailleurs locaux qui paient le prix fort. Ceux-là mêmes qui sont la pierre angulaire des opérations de secours.

« Sans eux, les interventions humanitaires s’effondreraient », rappelle Mme Msuya.
Beaucoup poursuivent leur mission malgré des conditions de vie extrêmement précaires, allant du déplacement de leurs propres familles à l’impossibilité de nourrir leurs enfants.
La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge déplore que la mort d’un travailleur humanitaire local soit 500 fois moins médiatisée que celle d’un international. Pourtant, les instruments juridiques censés protéger ces personnels existent bel et bien : droit international humanitaire, conventions relatives aux activités onusiennes, normes des droits humains. Ce qui fait défaut, c’est la volonté politique.
« Ce qui manque, c’est la volonté politique de s’y conformer », a tranché Mme Msuya.
À cela s’ajoutent la désinformation et la criminalisation du personnel humanitaire, parfois alimentées par certaines autorités locales. En RDC, des rumeurs persistantes ont sapé la crédibilité de l’ONU, compliquant les relations avec les communautés locales. Au Soudan, depuis avril 2023, de fausses accusations de partialité ont conduit à des détentions, des interrogatoires et des agressions contre les humanitaires, simplement parce qu’ils avaient apporté de l’aide à des populations vulnérables.

« De plus en plus d’entre eux sont accusés de soutenir le terrorisme, uniquement parce qu’ils font leur travail », déplore Mme Msuya.
Pour Gilles Michaud, chef du Département de la sûreté et de la sécurité des Nations Unies, ces attaques visent autant à empêcher l’aide humanitaire qu’à faire taire les témoins.
« Ceux qui ciblent le personnel humanitaire et celui des Nations Unies peuvent avoir de nombreuses motivations. Mais ils le font avant tout parce qu’ils peuvent s’en tirer impunément. »
Face à cette impunité, les humanitaires réclament justice. Ils appellent les États membres de l’ONU à condamner fermement les attaques et à faire en sorte que leurs auteurs soient poursuivis. Lorsque les États échouent, par manque de volonté ou de moyens, Joyce Msuya demande au Conseil de sécurité de référer les cas à la Cour pénale internationale.
« Les auteurs de violations doivent assumer les conséquences de leurs actes, sans exception », insiste-t-elle.
Car ceux qui risquent leur vie chaque jour au nom de l’humanité méritent au minimum d’être protégés pendant qu’ils sauvent des vies.
