Si le pillage était une discipline olympique, Bukavu aurait sans doute décroché l’or aujourd’hui. Tandis que les rues étaient livrées au chaos et que chacun s’efforçait de rafler ce qu’il pouvait avant l’arrivée des rebelles, certains pilleurs se sont illustrés par un sens du choix… pour le moins discutable.

Prenons ce monsieur, que l’on appellera affectueusement « Monsieur Funérailles ». Dans un magasin de meubles, alors que d’autres s’acharnaient à emporter des matelas ou des chaises, lui, stoïque, a pointé du doigt un cercueil flambant neuf. Pas de précipitation, pas d’hésitation. Il l’a soulevé avec tout le sérieux du monde et s’est mis en route, slalomant entre les badauds qui tentaient de comprendre s’il venait de commettre un vol ou d’organiser ses propres obsèques en avance.
— Il y a un mort dedans ?, a lancé un passant, visiblement inquiet.
— Pas encore, a répondu Monsieur Funérailles avec un sourire énigmatique, avant de disparaître dans une ruelle.

Mais Bukavu n’était pas au bout de ses surprises. De l’autre côté de la ville, un autre champion du pillage sélectif avait jeté son dévolu sur… un autel d’église. Un litrin massif, lourd et encombrant, que le monsieur s’efforçait de traîner hors du bâtiment sacré, sous les regards ébahis des fidèles restés sur place.
— Tu vas en faire quoi ?, s’est risqué à demander un témoin, entre l’effroi et le fou rire.
— Je vais l’installer dans mon salon. C’est du bois de qualité, a rétorqué le pilleur avec un pragmatisme à toute épreuve.

Ainsi allait le pillage à Bukavu, entre absurdité et génie incompris. Pendant que certains vidaient des boutiques de téléphones ou pillaient des sacs de riz, d’autres semblaient déterminés à donner un sens spirituel, voire métaphysique, à leur larcin. Une chose est sûre : quand l’histoire de ce jour sera racontée, ce ne seront pas seulement les tirs et les pillages qui resteront en mémoire, mais aussi ce cercueil errant et cet autel en cavale.
Humour ? Réalité ? Silence !
Par Bukasa Kabwe
