Violences sexuelles en RDC : privées de soins d’urgence, les survivantes abandonnées tirent la sonnette d’alarme

Alors que les violences sexuelles atteignent des niveaux alarmants dans l’Est de la République Démocratique du Congo, des milliers de femmes et de jeunes filles violées se retrouvent livrées à elles-mêmes, sans aucune prise en charge médicale. En cause : la suppression brutale d’un financement clé pour l’approvisionnement en kits post-viol, décidée sous l’administration Trump. Une décision qui continue d’avoir des conséquences dramatiques sur le terrain, selon une enquête de l’agence Reuters.

Agent de FEMME.CD en pleine entretien avec une femme dans la cité de Sake au Nord-Kivu à l’Est de la République Démocratique du Congo

Dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, les violences sexuelles sont devenues monnaie courante dans un contexte de guerre relancée par l’avancée du M23 et d’autres groupes armés. Depuis janvier 2025, les Nations Unies font état de plus de 67 000 cas de viols recensés. Mais ces chiffres ne reflètent qu’une infime partie de la réalité. Sur le terrain, les voix des survivantes se perdent dans l’indifférence et le silence.

Jusqu’à récemment, un espoir subsistait pour les victimes : les kits post-viol. Ces trousses médicales contiennent des traitements essentiels pour prévenir le VIH, les infections sexuellement transmissibles et les grossesses non désirées. Distribuées à plus de 2 000 structures de santé à travers l’Est du pays, elles étaient souvent le seul filet de sécurité pour les survivantes. Mais tout s’est effondré avec l’annulation d’un contrat crucial entre USAID et le fournisseur de ces kits. Depuis, les livraisons ont cessé.

« Dire à une survivante qu’on n’a rien à lui offrir, c’est une autre forme de violence », confie une infirmière du Sud-Kivu, interrogée par Reuters.

Face à cet abandon, ce sont les associations locales – majoritairement portées par des femmes – qui tentent, malgré des moyens limités, de prendre le relais. Ces organisations communautaires assurent l’accueil, l’écoute et parfois les soins d’urgence pour les victimes, souvent dans des conditions extrêmement précaires. Elles représentent aujourd’hui le dernier rempart face à l’inaction des autorités et à l’essoufflement du soutien international.

Mais l’ampleur du besoin dépasse de loin leurs capacités. Selon les données de l’UNFPA, seuls 13 % des survivantes accèdent aux médicaments dans les 72 heures recommandées après un viol. Dans certaines zones du Nord-Kivu, les stocks sont épuisés. Plus aucun traitement, plus aucune assistance.

Agent de FEMME.CD en pleine activité IEC dans le territoire de Masisi , dans la zone de santé de Kirotche au Nord-Kivu à l’Est de la République démocratique du Congo

Cette réalité est insoutenable. Et c’est pourquoi FEMME.CD, dans sa mission de porter la voix des femmes, de promouvoir l’information, l’éducation et la communication (IEC), et de soutenir toutes les victimes de violences sexuelles et celles basées sur le genre, réaffirme son engagement. Elle s’associe aux voix des survivantes et des militantes féminines pour adresser un plaidoyer clair et urgent :

  • Aux parties au conflit : de mettre fin immédiatement à toutes les formes de violences contre les civils, en particulier les femmes et les enfants, et de garantir la libre circulation des organisations féminines, communautaires et humanitaires œuvrant en faveur des survivantes.
  • Aux bailleurs de fonds, aux partenaires internationaux et au gouvernement congolais : de relancer le financement des soins d’urgence, en particulier la fourniture des kits post-viol, et de renforcer l’appui financier et technique aux organisations communautaires et féminines locales, afin qu’elles puissent étendre leur action, atteindre davantage de survivantes, et maintenir leur rôle vital dans l’accompagnement, le soin et la reconstruction des femmes.

Car derrière chaque kit, chaque soin, chaque main tendue, il y a une vie à sauver, une dignité à défendre, un avenir à reconstruire. Laisser ces femmes seules, c’est les condamner une seconde fois. Les écouter, les accompagner, les soutenir, c’est choisir l’humanité.

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