RDC – Violences sexuelles: Des réalités effroyables au-dela des chiffres rapportés à l’Est du pays

Alors que l’est de la République démocratique du Congo continue de s’enfoncer dans un climat de violence armée, les agressions sexuelles contre les femmes et les jeunes filles atteignent des niveaux préoccupants, notamment dans la ville de Goma et la cité de Sake. Les structures sanitaires enregistrent chaque mois des centaines de cas, bien que ces données ne reflètent qu’une infime partie d’une réalité profondément alarmante.

Meschac TSONGO, Communicateur de FEMME.CD en pleine entretien avec une femme retournée à Sake. 📸 Olivier BALIENE

Entre janvier et avril 2025, près de 7 400 personnes ont été prises en charge à Goma par l’organisation humanitaire Médecins Sans Frontières. Dans la localité voisine de Saké, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de la ville, plus de 2 400 survivantes ont reçu une assistance médicale sur cette même période, selon un communiqué de MSF publié le 11 juin. La grande majorité de ces agressions ont été perpétrées sous la menace d’une arme, par des individus souvent non identifiables, dans un contexte d’insécurité et de prolifération incontrôlée des armes.

« À Goma, de nombreuses patientes relatent avoir été violées la nuit. Les individus pénètrent dans la maison lors de cambriolages, et souvent séquestrent les habitants, voire assassinent les époux. Dans certains quartiers, ces agressions sont même commises en journée », explique François Calas, coordinateur médical de MSF au Nord-Kivu.

À Sake, plusieurs femmes interrogées par FEMME.CD ont livré des récits similaires d’agressions perpétrées dans les champs, là où elles se rendent quotidiennement à la recherche de bois de chauffe ou de nourriture.

« C’est la souffrance et le manque de nourriture qui nous poussent à aller dans la brousse chercher du bois de chauffage et de quoi manger. Si la souffrance n’était pas au rendez-vous, le bourreau ne pourrait pas me retrouver chez moi », témoigne une femme retournée.

Ces chiffres, aussi effarants soient-ils, restent largement en deçà de la réalité. Nombreuses sont les survivantes qui, par peur de représailles, choisissent de ne pas se dénoncer. Dans plusieurs cas, elles sont aussi confrontées à des barrières d’accès aux soins, notamment l’éloignement des structures médicales, la stigmatisation sociale, ou encore l’absence de services adéquats.

« Les chiffres sont sous-estimés par rapport à la réalité, car nombreux sont les obstacles pour accéder aux soins : peur de représailles, stigmatisation, éloignement géographique et manque de capacité de prise en charge dans les structures », affirme Luders Leriche, coordinateur des activités médicales de MSF au Sud-Kivu.

Le Nord-Kivu n’est pas la seule province touchée. Au Sud-Kivu, la situation est tout aussi préoccupante. Depuis le début de l’année 2025, les équipes de MSF ont pris en charge près de 700 victimes de violences sexuelles dans les territoires de Kalehe et Uvira. Là aussi, la plupart des récits font état d’agressions commises sous la menace d’une arme.

Dans un climat de guerre où les armes prolifèrent entre les mains de groupes armés, miliciens, et parfois de civils, les femmes congolaises continuent de payer le plus lourd tribut. Leur silence, forcé par la peur ou la honte, rend la réalité de cette crise invisible aux yeux du monde.

À cela s’ajoute une autre difficulté majeure : l’accès à l’information. De plus en plus, les organes de presse et les organisations de la société civile dont FEMME.CD se heurtent à des restrictions imposées par les nouvelles autorités dans certaines zones occupées.

« Ces sont des données sensibles pour les nouvelles autorités puisqu’ils risquent de ternir leur image », a confié à FEMME.CD une autorité sanitaire de la province.

Cette censure, combinée au climat d’insécurité et à la peur généralisée, rend presque impossible une évaluation complète de l’ampleur des violences sexuelles subies par les femmes dans l’est de la RDC.

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  • Journaliste, Blogueur, Communicant digital et Développeur Web avec une appétence du numérique. Actuellement assistant technique et projet chez Unity Corporation DRC SARL et Directeur de publication chez Femme.cd

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