L’est de la République démocratique du Congo (RDC) est plongé dans une spirale de violence qui affecte particulièrement les enfants et le système éducatif. Entre l’escalade des exactions dénoncée par l’UNICEF et l’effondrement des infrastructures scolaires signalé par le Ministère de l’Éducation Nationale et Nouvelle Citoyenneté, la situation atteint un seuil critique, menaçant l’avenir de millions de jeunes Congolais.

Les chiffres sont accablants : les cas de violences sexuelles ont plus que doublé, les enlèvements ont été multipliés par six, les meurtres et mutilations par sept, et les attaques contre les écoles et hôpitaux par douze.
« Nous appelons d’urgence toutes les parties au conflit à mettre fin à ces violations intolérables des droits des enfants », a déclaré Jean François Basse, Représentant par intérim de l’UNICEF en RDC.
« Les enfants nous confient qu’ils ont peur pour leur vie. »
La désintégration des services essentiels aggrave encore la crise. Des milliers d’écoles sont fermées, les familles sont dispersées, et l’absence de sécurité, exacerbée par les combats, les évasions de prisonniers et la prolifération des armes, expose les enfants à des dangers constants. L’UNICEF alerte également sur l’intensification des recrutements forcés, notamment par des groupes armés tels que le M23 et des forces rwandaises, faisant de la RDC l’un des pays les plus touchés par l’enrôlement d’enfants soldats depuis 2005.
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Le Ministère de l’Éducation Nationale et Nouvelle Citoyenneté tire lui aussi la sonnette d’alarme. À ce jour, 2 594 écoles ont fermé leurs portes—1 483 au Nord-Kivu et 1 111 au Sud-Kivu—privant 1 108 962 enfants d’accès à l’éducation. Bombardements, destructions et occupations par des groupes armés ont transformé des lieux d’apprentissage en zones de guerre. Dans un cas extrême, une école a même été convertie en cimetière, symbole tragique du désespoir qui s’abat sur ces zones en conflit. À Goma, la psychose ambiante paralyse élèves et enseignants, tandis que la présence d’engins explosifs rend certains établissements impraticables.
« Cette crise compromet des décennies de progrès », déplore un officiel du ministère.
L’insécurité croissante, combinée au recrutement forcé d’élèves, empêche toute reprise normale des activités scolaires, plongeant familles et communautés dans l’incertitude.
Face à cette catastrophe, des efforts s’organisent. L’UNICEF, en partenariat avec le gouvernement congolais dans le cadre d’un plan d’action mis en place en 2012, lutte contre le recrutement d’enfants et les violences sexuelles. Depuis janvier 2025, 5 639 recrues potentielles ont été examinées, permettant de réunir 63 enfants, dont 12 filles, avec leurs familles. Par ailleurs, 1 200 enfants non accompagnés ont été identifiés dans l’Est depuis l’escalade récente des violences ; parmi eux, 720 ont retrouvé leurs proches, tandis que les autres sont placés en familles d’accueil en attendant des retrouvailles.
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Le Ministère de l’Éducation a, de son côté, mis en place un comité de crise en collaboration avec ses partenaires techniques et humanitaires afin de coordonner les actions et centraliser les données officielles. Cette initiative vise à structurer la réponse face à l’ampleur du désastre.
L’UNICEF et le ministère appellent à une action immédiate. Ils exhortent les belligérants à cesser les exactions et à respecter le droit international, conformément à la Convention relative aux droits de l’enfant et à la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant.
« Les civils, les enfants et les infrastructures vitales doivent être protégés », insistent-ils, plaidant pour des mesures concrètes et un accès garanti à l’aide humanitaire.
Alors que la violence s’intensifie, l’avenir de millions d’enfants congolais repose sur une mobilisation rapide et déterminée. Sans une action immédiate, une génération entière risque de sombrer dans les décombres d’un conflit sans fin.
