Madame Monique, la cinquantaine et mère de 10 enfants, est vendeuse de soja moulu depuis cinq ans. Grâce à ce petit commerce, elle contribue à l’équilibre financier de sa famille, aux côtés de son mari. « Mes enfants ne peuvent pas manquer à manger, des habits ou d’autres besoins… », a-t-elle dit à femme.cd.
Le soja moulu est de plus en plus consommé dans la ville de Goma. La plupart des familles ici substituent le lait d’origine animale au soja qu’ils mélangent à de l’eau chaude pour le consommer au petit déjeuner et même le soir après le dîner, à la place du thé ou du café ou encore de la bouillie. Localement, on parle même du « thé de soja » pour désigner cette boisson, un mélange d’eau chaude, de soja moulu et de sucre.
Madame Aralimba, comme Madame Monique, est assise derrière son étalage. Elle vend aussi du sucre et du lait en poudre d’origine animale, question de « servir un peu tout le monde », comme elle l’a dit. Il est 13 heures (heure de Goma), le soleil est brûlant, mais cela semble être le cadet des soucis pour ces femmes vendeuses de soja moulu. Elles ont confectionné leurs parasols avec des morceaux de sacs et de bâches, un bricolage parfaitement réussi et résistant face au soleil et à la pluie.
Comme d’habitude, il n’y a pas trop de clients au milieu de la journée. Mais Cynthia N’CHIKO, étudiante à l’Université de Conservation de la Nature et du Développement de Kasuo (UCNDK), passe par l’étalage de Madame Monique pour acheter une mesure de soja moulu. Pour elle, le soja est mieux que le lait d’origine animale.
« Je ne rate jamais mon thé au soja chaque matin au petit déjeuner. Oui, le soja est plus nutritif que le lait en poudre. Sinon, pourquoi prescrit-on aux enfants malnourris le soja au lieu de leur prescrire le lait en poudre ? », s’interroge Cynthia, à la fin d’une brève interview qu’elle nous a accordée sur place.
Jonas KIPILI est aussi un grand consommateur de soja moulu. Il travaille dans le secteur privé.
« Depuis que j’ai découvert ce soja en 2017, je ne peux plus acheter Nido ou Cowbell. J’achète une mesure de soja moulu et un kilogramme de sucre. Avec ça, tous mes petits déjeuners sont assurés et à un moindre coût. Moi, je le mets partout : dans le thé, dans la bouillie, même avec de l’eau fraîche, en tout cas c’est une bonne affaire », dit-il.
Ce soja moulu n’est pas réputé que pour son goût particulier, il l’est aussi pour ses valeurs nutritives qui en font un remède pour plusieurs.
Selon Agnès KAHAMBIU, une nutritionniste qui encadre les enfants malnourris dans le cadre d’un projet de l’organisation Action pour la Réinsertion Socio-économique et Sanitaire (APRESA Asbl), le soja est un atout dont on ne devrait pas se passer, surtout pour les plus jeunes.
« Le soja contient du fer, du zinc et du calcium. Ce dernier est essentiel à la croissance des enfants, au développement des os et des dents. Mais pas seulement les enfants, les adultes aussi ont besoin d’une bonne santé dentaire. Nous avons tous besoin d’os solides et bien faits. Et le soja est un atout pour tout cela », a dit Agnès KAHAMBIU, nutritionniste œuvrant à Goma et dans le territoire de Nyiragongo.
De la semence à la consommation
Le soja est une légumineuse à graine, cultivée principalement dans les régions du Kasaï Oriental, du Kwilu et du Kongo-Central en RDC, caractérisées par des sols sablo-argileux ou alluviaux bien drainés.
Il s’adapte au climat tropical humide avec des précipitations abondantes et des altitudes variées entre 900 et 1 500 m. À l’est du pays, le soja est plus cultivé dans la plaine de Ruzizi en province du Sud-Kivu. Dans le Nord-Kivu, il est cultivé dans les territoires de Masisi, Ruthsuru et dans la région de Lubero et Beni. Il est aussi cultivé autour de la ville de Goma, quel que soit son sol volcanique. Sa plantation se fait par semence des graines de soja comme plusieurs autres céréales.
Pour une bonne croissance, le sarclage régulier est recommandé et l’irrigation, si nécessaire, en attendant la saison des récoltes. Le soja est récolté encore humide, mais d’autres attendent quelques semaines de plus jusqu’à la maturité complète pour le récolter. Après la récolte, le soja est séché, avant la sélection des bonnes graines et la mise de côté des mauvaises. Ce sont ces bonnes graines de soja qui passent par la torréfaction, puis sont amenées au moulin. C’est après toutes ces étapes qu’on obtient le soja moulu qui est aujourd’hui un remède secret, non seulement pour les centres d’encadrement des enfants malnutris mais aussi pour nombreuses familles à Goma.
Le soja consommé à Goma venait en grande partie des territoires de Ruthsuru et Masisi. Mais suite à l’insécurité dans ces zones, à cause de la guerre entre le M23 et l’armée congolaise, la ville de Goma n’est plus régulièrement ravitaillée en soja.
Actuellement, selon ces femmes vendeuses, le soja vient de la province voisine du Sud-Kivu, via le lac Kivu. Ceci est à la base de la hausse de prix du soja moulu. Une mesure qui coûtait 2 500 francs congolais avant, coûte actuellement 4 500 francs congolais.
Le soja moulu, source de survie
Madame Monique ne sait pas exactement combien elle gagne en termes de bénéfices dans son activité, sinon elle ne l’a pas dit… Mais elle affirme que les intérêts dans son activité sont suffisants pour épauler son mari, en couvrant les dépenses élémentaires de son foyer.
« Tout dépend de comment on oriente ses activités. On peut même commencer avec deux ou trois mesures et accroître son capital. Moi, j’ai commencé petit mais regardez où j’en suis », dit-elle.
Juste à côté d’elle, Madame Aralimba n’a pas une si longue expérience dans cette activité. C’est depuis 2021 qu’elle vend du soja moulu. Et déjà les avantages sont palpables, elle n’attend plus son mari pour tout faire.
« Même quand mon mari est en voyage, je ne m’inquiète pas beaucoup. J’ai de quoi nourrir mes enfants », a dit Madame Aralimba.
La vente du soja moulu est ainsi un gagne-pain pour ces femmes, mais aussi pour plusieurs autres qui se tiennent chaque soir aux arrêts-bus, parkings publics, gares routières et autres endroits publics en attendant leurs clients. Ces clients sont de différentes couches sociales à Goma. Et l’intérêt à cet aliment fait qu’il soit toujours vendu et consommé, quel que soit le prix qui varie.
Meschac TSONGO

