Autour du majestueux Parc National de Kahuzi-Biega, une nouvelle dynamique souffle sur les territoires de Kalehe et Walikale. Ce mardi 15 juillet, le projet « Accès direct au marché régional et transformation locale du cacao biologique de spécialité » a été officiellement lancé, simultanément à Goma et Bukavu, en présentiel et en ligne. Un projet qui va bien au-delà de la seule agriculture. Il place les femmes et les jeunes au cœur du développement local, dans une région encore marquée par des années de conflit, de marginalisation économique et de vulnérabilité sociale.

Porté par un consortium composé de la Coopérative Amkeni Mkulima – leader du projet –, du Cabinet d’Innovation Agricole EKagri, de l’Organisation Action pour le Développement Intégral de la Femme et de l’Enfant (ADIF), et du Centre d’encadrement et d’Apprentissage des Métiers (CEAM), ce projet est soutenu financièrement par la Coopération allemande (GIZ), l’Union européenne et les pays ACP, à travers le programme Africa Business Facility (ABF). Il vise une transformation profonde et durable de la filière cacao dans les zones de Kabenga, Nyamirera, Maïbano, Bunyakiri et Musenge au Sud-Kivu, ainsi qu’à Walikale dans le Nord-Kivu.
Au centre de cette initiative : les femmes. Ce sont elles qui, depuis toujours, portent l’économie rurale sur leurs épaules, cultivent la terre, élèvent les enfants et maintiennent les familles debout dans les zones reculées. Ce projet leur offre pour la première fois une reconnaissance formelle de leur rôle central dans la chaîne de valeur agricole, en particulier dans le secteur du cacao biologique. Grâce à des formations spécifiques, ces femmes vont non seulement apprendre les techniques modernes de culture du cacao, mais aussi les méthodes de transformation locale, afin d’ajouter de la valeur au produit et d’augmenter leurs revenus.

Pour Zawadi Bernadette, représentante des femmes bénéficiaires, cette initiative représente bien plus qu’un projet économique. C’est une marque de reconnaissance et une ouverture vers une dignité longtemps refusée.
« Nous, femmes bénéficiaires du projet de transformation du cacao biologique autour du Parc National de Kahuzi-Biega, disons merci à la Coopération allemande, à l’Union européenne et aux pays ACP, pour votre appui à travers la GIZ et l’ABF. Ce projet est un levier d’autonomisation, de dignité et de reconnaissance de notre rôle dans la chaîne de valeur cacao. Il renforce nos capacités techniques et nous permet de participer activement au développement local. Merci de croire en notre potentiel et de nous associer pleinement à cette transformation durable. »
L’un des objectifs essentiels du projet est aussi de fournir des opportunités concrètes d’emploi et d’engagement aux jeunes des communautés riveraines du parc. En misant sur l’agriculture durable, la transformation artisanale et la protection de l’environnement, il tente de détourner une jeunesse souvent livrée à elle-même de l’exil, des groupes armés ou de la délinquance. Ces jeunes, en particulier les filles, seront accompagnés dans la création d’emplois verts, de coopératives et d’activités de valorisation des ressources locales.
Pour Thierry MUNGA, Directeur de la Coopérative Amkeni Mkulima et chef de file du projet, cette initiative est un point de bascule.
« Nous sommes basés entre Bunyakiri et Walikale, aux abords du Parc National de Kahuzi-Biega. Ce projet concerne 132 agriculteurs et habitants vivant autour du parc. Il s’agit d’un projet de 18 mois visant à renforcer la filière cacao, en installant plus de 65 hectares de plantations de cacao autour du parc. Une attention particulière est portée aux femmes, qui bénéficieront de formations à la fois sur la culture du cacao et sur la transformation locale des produits dérivés. »
Dans une région où l’insécurité foncière, la pauvreté chronique et la dégradation de l’écosystème menacent la survie des communautés, cette transformation agricole durable est bien plus qu’une innovation technique. Elle incarne un changement de paradigme : faire du cacao biologique non seulement un moteur économique, mais aussi un outil de paix, de résilience communautaire et d’émancipation féminine.
Prévu pour s’étendre jusqu’au 31 décembre 2026, ce projet porte les espoirs d’une génération nouvelle. Une génération de femmes debout, capables de conjuguer tradition et innovation, agriculture et développement, respect de l’environnement et affirmation sociale. Une génération qui prend enfin sa place autour du Parc National de Kahuzi-Biega.
