Miki SIKABWE est diplômée en droit international de l’Université Libre de Pays de Grands Lacs ULPGL Goma.
Elle a fini ses études en tant que juriste mais se trouve passionnée aussi de la mode et du stylisme.
Elle est aujourd’hui parmi les modélistes de plusieurs mannequins à Goma et ailleurs. Elle a mis sa collection en contribution dans l’événement « The One fashion week » qui a eu lieu le samedi 3 fevrier 2024 à Goma, où nous l’avons découvert.
Miki SIKABWE, une vingtaine, a su créer sa propre marque d’habillement « Miki Creations », bien qu’étant juriste elle dit parvenir à concilier les deux passions à la fois ( le droit et le stylisme ). Pour elle, réaliser un rêve requiert de la détermination, du sacrifice et surtout de l’apprentissage au quotidien. Miki a accordé une exclusivité à femme.cd pour expliquer comment elle, une juriste, se retrouve aujourd’hui dans la mode.
Elle répond aux questions de Meschac TSONGO :
Femme.cd : Mademoiselle Miki SIKABWE, bonjour !
Miki SIKABWE : bonjour !
Femme.cd : Vous avez commencé vos études en droit, aujourd’hui vous vous retrouvez dans la mode, qu’est-ce qui a motivé cette migration ?
Miki SIKABWE : Alors, je n’ai pas du tout quitté le droit. J’aime bien concilier les deux en même temps… J’ai toujours été une passionnée de l’art, je touche un peu partout dans l’art. Mais pourquoi la mode, parce que comme je l’ai dit, après mes études je suis allée faire un stage rémunéré quelque part et la seule idée qui me venait en tête, c’était d’acheter une machine à coudre, ne me demandez pas pourquoi, parce que moi même je ne sais pas, c’était venu juste sur un coup de tête. Les gens trouvaient que je m’habillais bien et parmi eux, je me rappelle qu’il y a un camarade qui m’a dit une fois « toi tu ferais une très bonne styliste ». Celà n’était jamais dans ma tête avant… Mais c’est après, quand j’ai fini et quand j’ai acheté cette machine à coudre que je me suis dit, Ah, peut être que lui avait vu quelque chose en moi que moi je ne savais pas encore voir. Et donc j’ai commencé à customiser des choses que j’avais déjà à la maison et à recycler. Par exemple je peux trouver des petits tissus un peu partout que je collais sur mes chaussures ou sur mes sacs et ça faisait quelque chose de beau. Quand je passais en cours de route où les gens me connaissaient, ils me posaient la question de savoir mais où est-ce que tu as eu ça? ; qui a fait ça pour toi? ; etc. Je me suis rendu compte que je peux donc me lancer, allons y pour voir ce que ça va donner.
Femme.cd : Mais en même temps, est-ce que vous songez toujours à vos compétences de juriste ?
Miki SIKABWE : Oui, j’y pense toujours ! Et d’ailleurs je pense à passer l’examen du bareau et prêter serment. Mais, ce n’est pas que je vais arrêter un metier pour un autre. Je pense concilier les deux, donc être un peu partout en même temps. Même si c’est une tâche qui s’avère déjà être difficile mais je vais essayer un peu de trouver du temps pour être partout en même temps et savoir être performante dans tous les deux domaines.
Femme.cd : Revenons un peu à cette première carrière dont vous avez rêvé en premier, le droit. Est-ce qu’il y a eu une aspiration particulière qui vous aurait poussée à faire le droit ?
Miki SIKABWE : J’ai voulu faire le droit depuis toute petite. J’aimais bien regarder les series à la télé, les filmes, et quand je voyais un juriste, un avocat, ça me passionnait. Après, j’ai été au parlement d’enfants, et il y avait une femme qui venait régulièrement nous rendre visite, c’était l’avocate conseil du parlement d’enfants. Sa façon d’être, sa façon de parler, sa façon de faire les choses m’attirait beaucoup et ça a encore donné de pep à ce que j’avais déjà en tête comme idee de faire le droit.
Femme.cd : Si nous avons bien compris, il y a eu deux choses qui vous ont inspiré, la première c’est cette femme, l’avocate conseil du parlement d’enfants et la seconde c’est la personne qui avait dit, « vous feriez une bonne styliste », est-ce que nous avons bien résumé ?
Miki SIKABWE : La femme… l’avocate est venue accentuer ce qui était déjà en moi …
Femme.cd : Mais si on part avec les deux, le droit et la mode, vous parvenez quand même à concilier ?
Miki SIKABWE : Oui, pour le moment les deux ça va !
Femme.cd : Aujourd’hui, quels sont vos projets, vos aspirations pour le droit et qu’est-ce que vous aimeriez apporter de plus dans ce qui est déjà fait, en RDC , en Afrique ou dans le monde ?
Miki SIKABWE : Dans le monde, apporter de plus parce que, il y des grandes personnalités qui font déjà de très grandes choses. Je voudrais quad même me rallier à ceux qui font déjà mieux et ceux qui luttent vraiment pour la vraie justice. Parce que, on est tous sans ignorer que ceux qui sont beaucoup plus dans l’injustice ce sont des gens qui sont dans la justice. Je ne sais pas si je me fais comprendre, la nuance qui est là est que, ceux qui travaillent dans la justice sont ceux-là qui font le plus d’injustice dans ce monde.
Femme.cd : Mais avec le droit international est-ce que vous parviendrez à faire quelque chose, ce n’est pas assez large, selon vous ?
Miki SIKABWE : Non, ce n’est pas assez large ! Ce n’est pas assez large, pourquoi se limiter quand on peut faire beaucoup, pourquoi se limiter quand on peut se lancer sur plusieurs horizons ?
Femme.cd : Mais alors avec la mode, qu’est-ce que vous aimeriez apporter de plus ?
Miki SIKABWE : Avec la mode, il faudrait quand même apporter ma marque à un standard international et aussi contribuer à rabaisser un tout petit peu le chômage. Comme vous le savez bien, il y a beaucoup plus de diplômes qui chôment à la maison, qui ont déposé leurs diplômes et qui n’en font quasiment rien. Et donc, si on peut arriver à engager par exemple certaines personnes, pas forcément pour la couture, parce que la mode ce n’est pas seulement la couture, il y a aussi la visibilité, il y a la photographie, il y a aussi ceux qui savent écrire, il y a les maquilleurs, les maquilleuses, la mode va avec tout ça. Si on arrive à créer quelque chose de grand et engager certaines personnes, je crois que … On aura fait quelque chose de bien pour l’humanité.
Femme.cd : Quelle est votre spécialité dans la mode?
Miki SIKABWE : j’ai une marque. Ma marque c’est «Miki creations ». Ma spécialité, c’est que je fais un peu ce que les autres ne font pas. Je ne me la raconte pas mais j’aime rajouter comme une petite touche d’extravagance pour que quand les gens vont me voir ils vont se dire , euh… Ça c’est Miki.
Femme.cd : Et … Parce qu’on n’est pas en visuel, sinon on allait illustrer, quelles sont les caractéristiques de votre marque, comment vous faites ? C’est souvent de models de femmes, hommes, des sacs ou souliers ?
Miki SIKABWE : Il y a tout. Des sacs, des robes pour femmes, des jupes, en fait des vêtements femme en général, des vetements homme aussi… Sur mon compte instagram « Miki creations officiel », il y a certains models, même si j’ai un peu la flemme de poster toutes les photos mais bon il y a quand même certains models, vous pouvez voir. Et, voila, ça peut donner une petite idée de ce je conçoit et de ce que fabrique.

Femme.cd : Est-ce que vous consommez vous même vos modèles.
Miki SIKABWE : Bien sûr, bien sûr, je suis la première consommatrice de mes modèles.
Femme.cd : Et pourtant je ne vois pas de marque Miki …
Miki SIKABWE : Justement, je suis tout Miki [ habillée ] , tel que vous me voyez là.
Femme.cd : Ah, okay, et alors on va dire que ce n’est pas assez particulier ?
Miki SIKABWE : Extravagant… Ce n’est pas assez particulier. Parce qu’il y a des circonstances où on est quand même un peu obligé de se conformer à des règles. Donc je ne peux pas venir avec une tenue assez extravagante pour présenter un panel.
Femme.cd : Est-ce qu’on peut dire que vous utilisez des tissus que vous achetez et que vous combiner un peu … ?
Miki SIKABWE : Oui, oui oui oui, j’achète des tissus. Et c’est là qu’il y a un tout petit problème, parce qu’on n’arrive toujours pas à trouver ce qu’on veut. Du coup on s’adapte. On essaie un peu de toucher un peu partout, on va friperies, on va euh, dans des nurseries qui sont spécialisées dans la vente de tissus. Et ce n’est pas tout le temps qu’on est satisfait parce qu’il y a des clients qui veulent certaines catégories de tissus, et qu’on n’arrive pas à trouver, du coup, Voilà, on essaie un peu de faire avec les moyens de bord.

Femme.cd : Et on pourrait dire que Miki SIKABWE c’est une demoiselle, c’est une femme à double passion, parce que vous êtes en même temps inspirée par le droit et par la mode , est-ce que on pourrait vous appeler une femme à double passion ?
Miki SIKABWE : Pourquoi seulement double… [ Rires ] il y a plusieurs passions.
Mais bon … Mais bon, parce que je n’ai parlé que de ces deux là içi , bah, je peux permettre qu’on m’appelle comme ça.
Femme.cd : Et est-ce que vous auriez voulu que les autres femmes se battent pour atteindre leurs passions, surtout est-ce que vous vous êtes battue vraiment pour en arriver là ?
Miki SIKABWE : Oui et je continue de me battre. Je n’ai pas encore gagné le combat, parce que euh, voilà, ce n’est pas tout le monde qui me soutient hein, dans ce que je fais. Il y a même, par exemple à la maison, quand j’achète tous ces tissus et que ils me voient faire la coupe, la création de ces vêtements, ils me disent mais comment tu fais, tu perds tout le temps ton argent, tu sais que peut être que les gens ne vont même pas acheter, tu sais que les gens, ils sont comme si comme ça, mais pourquoi tu gaspilles ton argent comme ça ? Et moi à chaque fois je dis : Ça finira par payer… Ouais.
Femme.cd : De fois vous bossez tard et de fois ça étonne les parents ?
Miki SIKABWE : Ah oui, ah oui oui oui oui oui … De fois on me chasse même, on me dit euh … Allez ! Vas y, il est temps d’aller dormir.
Femme.cd : Un message à toutes les femmes qui ont des passions mais qui pensent que ce n’est pas facile, que c’est peut être même impossible.
Miki SIKABWE : Oui , je ne pourrais pas dire que c’est facile. Je serai entrain de mentir si je dis aux femmes que : si vous vous lancez dans quelque chose ça sera facile. La première de choses qu’il faut faire c’est oser. Il faut faire le pas, il faut toujours faire le premier pas. C’est vrai que c’est l’étape la plus difficile à franchir mais une fois qu’on a mis son premier pas devant, je crois que le reste vient après. Bien qu’il y aura des difficultés mais il faut quand même persévérer et se lancer quoi qu’il arrive. Parce que, au final, ça finit toujours par payer.
Femme.cd : Est-ce que vous avez une assez longue expérience et quel est votre âge ?
Miki SIKABWE : Une assez longue expérience , euh , pas trop. Mais dans ce metier ci, ce n’est pas l’expérience qui compte, c’est plutôt la créativité et la détermination. Quand on a ces deux là, on a tout gagné.
Femme.cd : Voilà, vous êtes une femme de 50 ans ?
Miki SIKABWE : Non, je suis dans la vingtaine, quand même.
Femme.cd : Miki SIKABWE, merci de votre temps!
Miki SIKABWE : Merci, merci à vous !
